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Le temps et la matière

Par Léa Bignon, photographies : Fabien Corrente

Dans le canton de Fribourg, à Rue, « plus petite ville d'Europe », le sculpteur Igor Ustinov façonne des mondes meilleurs, ancrés dans le présent. Rencontre d’un esprit libre.

En préambule à cette interview, les mots sont-ils adaptés pour évoquer votre art ?
Il me paraît impossible de parler de la sculpture en quelques mots… C’est différent de la litté­rature, de la parole. Si on pouvait décrire une sculpture en trois mots, ce serait formidable. Et bien plus léger à transporter !
Lorsque l’on crée des formes, on entretient un rapport privilégié avec la matière ?
Bien sûr. Alors que, dans les années 1970, la psychologie était très à la mode, même dans l’art, j’ai eu envie de me confronter à la matière, au tangible, au vrai. J’ai donc étudié la biologie. Puis j’ai fait les Beaux-Arts de Paris pour toucher la matière, tenter de lui inculquer ce que je ressens. C’est un combat singulier et intéressant.

Mon véritable atelier est dans ma tête. J’ai des préoccupations, des rêves, et je me fais des petites sculptures mentales. Quand elles sont “prêtes”, je vais les fabriquer à l’atelier.

Quelle est la place du temps dans la sculpture ?
Quand vous regardez une sculpture, disons un personnage qui marche, si vous le regardez de derrière, vous êtes dans son passé, si vous le regardez de devant, vous êtes dans son avenir ! N’importe quelle forme, même abstraite, crée une dynamique. Elle devient un geste, et dans toute gestuelle, il y a une lecture du temps.
Et votre rapport au temps ?
Aujourd'hui, on a peur de vivre et peur de mourir. En tant qu’artiste, je suis fasciné par l’être humain au moment où il touche au présent, où il se libère de ses peurs. Quand il fait l’amour, quand il fait des bébés ou quand il réalise des choses, quand il fait corps avec une idée de l’éternité. Je suis partisan de ce présent.

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© Fabien Corrente

Vous disiez tout à l’heure avoir fait des études de biologie pour appréhender la matière…
À 18 ans, j’ai rencontré un biologiste et je suis devenu en quelque sorte son assistant – peut-être parce que je m’appelle Igor, comme l’assistant du docteur Frankenstein ! [rires] J’ai adoré ça, j’ai beaucoup d’admiration pour les scientifiques. Mais j’ai aussi découvert que je n’avais pas cette mentalité, pas la patience d’attendre le résultat… Ce sont les circonstances qui m’ont conduit à la biologie.
Vous avez rencontré Michel Parmigiani. Le travail d’horlogerie, à la fois minutieux, scientifique et créatif, est-il éloigné de la sculpture ?
Michel et moi avons en commun le travail de la matière, mais la démarche est différente. L’artiste s’octroie le droit de créer des choses et de les poser au milieu d’un parc. Il manque clairement d’humilité. L’horloger se rapproche plus du biologiste par son travail méticuleux : il doit se tenir à l’écoute de la matière, l’apprivoiser pour arriver à ses fins.

N’importe quelle forme, même abstraite, crée une dynamique. Elle devient un geste, et dans toute gestuelle, il y a une lecture du temps.

En plus de votre métier, vous gérez une fondation. Mener plusieurs projets de front, c’est un besoin ?
Non, je ne suis pas un obsédé du travail, mais… je m’ennuie si je ne suis pas actif ! Peu avant sa mort, mon père, Peter Ustinov, a créé une fondation dont nous nous sommes occupés ensemble. Pour lutter contre les préjugés, notamment entre nationalités, l’Institut Ustinov promeut une certaine ouverture d’esprit. Il a ouvert une soixantaine d’écoles – dont une au Népal, tout récemment. J’ai aussi lancé un vin blanc Ustinov avec, inscrit sur l’étiquette, « Noyons nos préjugés ». Ceux qui l’achètent œuvrent pour la fondation. Ils ne boivent pas, ils militent !
 
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© Fabien Corrente

Cette mission vous extrait un peu de la matière…
Pas totalement. Chaque fois qu’on inaugurait une école, je me disais : « Avec un système de construction bon marché, on pourrait ouvrir deux ou trois écoles pour le même prix. » J’ai fini par avoir une idée : utiliser du PET (le matériau des bouteilles de plastique recyclées) pour extruder des poteaux dans lesquels on met de la terre et un durcisseur. J’ai exposé le système au Salon des inventeurs de Genève et, à ma grande surprise, il a reçu le Prix de la meilleure inven­tion de l’année ! Maintenant, je suis obligé de prendre cette affaire plus au sérieux. J’ai donc repensé le système pour qu’il soit plus performant. Ça fait d’assez jolies maisons… Grâce à la fondation, je suis entré dans le monde de la construction ! Encore une histoire de circonstances.